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Est-ce que je peux tout avoir? Oui, tout, quoi. Avoir un travail que j’aime, vivre à la campagne mais pas trop loin de la mer, avoir une tite maison avec un grand jardin et un composteur au fond, y fonder une famille heureuse, sans oublier les voyages le plus régulièrement possible. Et maintenant s’il vous plaît! Utopie? Caprice? Désillusion d’une retraite dorée à 60 ans? Bientôt 30 ans, c’est ça? Non, une vraie envie, un désir commun, une aspiration généreuse et stable. Et puis, autant en profiter tout de suite maintenant, non? Alors avec boyfriend on a décidé d’y travailler sérieusement. Et on a rencontré, Jean. On le connaissait déjà un peu, on le fréquente davantage depuis qu’on n’habite pas très loin de chez lui, dans les Landes. De chez eux. Avec sa femme et sa petite fille, ils habitent à la campagne, pas trop loin de la mer. Ils ont une moyenne maison, avec un grand jardin et un composteur au fond. Ils ont l’air heureux et ils partent bientôt au Japon. Jean a aussi un travail qu’il aime et dont il parle avec une passion communicative. Alors, boyfriend et moi, on y croit en notre douce utopie, on la voit déjà la maison…
Jean Harambat est auteur de bande dessinée. Il a publié (entre autres) ‘Les Invisibles’ chez Futuropolis et ’4 saisons dans les landes’ dans XXI. Il travaille en cemoment sur une adaptation graphique d’un roman inachevé de Stevenson, ‘Le juge pendeur’.
Joëlle: Quelle place occupait le dessin avant que tu deviennes auteur?
Jean: J’ai toujours dessiné. J’étais le « bon en dessin » de la classe. A l’école maternelle, je me rappelle avoir répondu vouloir être dessinateur de BD « quand je serai grand », alors que la majorité de mes camarades répondait invariablement « motard », et certains, plein de fantaisie, « footballeurs ». J’ai continué à dessiner avec paresse jusqu’à ce que j’envisage d’en faire mon métier. J’ai alors réalisé qu’il fallait travailler en profondeur, explorer, se construire une culture du dessin. Ce que je fais avec bonheur.
La littérature, les mots, les histoires t’inspirent beaucoup. Qu’en est-il des images, de la peinture, du cinéma…?
Le cinéma tient bien sûr une place considérable mais pas tellement dans les techniques de narration ou les cadrages, car la bande dessinée est un tout autre langage. Le cinéma est au départ un « art populaire » comme la BD, construit sur une mythologie, des histoires simples où l’action prime, comme bande dessinée.
Avec le temps, les choses deviennent plus complexes, plus cérébrales.
C’est cet entre-deux qui me plaît tant, quand il y a plusieurs niveaux de lectures : un simpledéroulement de l’action en même temps qu’une réflexion plus profonde, un peu comme chezJohn Ford qui faisait des westerns mais voulait être -même s’il s’en défendait- « l’Homère du grand Ouest », ou encore aujourd’hui Wes Anderson qui, avec « La Vie Aquatique », veut mêlerune course au poisson vengeresse à la Moby Dick avec le cinéma d’Eric Rohmer…
Si on évoque les images, on doit parler aussi de la peinture, de l’expressionisme, du synthétisme, tous ces courants si utiles aux histoires dessinées. On doit mentionner égalementles grands noms du dessin du XXe siècle, parfois oubliés, car ils n’étaient pas peintres ni plasticiens, comme Gus Bofa, ou aujourd’hui l’octogénaire Ronald Searle… Je les découvre, redécouvre. Un beau voyage.
Est-ce que le trait est propre à une histoire?
Le graphisme peut être propre à une histoire, le graphisme de Franquin ne se prêterait pas aux aventures de Corto Maltese.
Dans mon cas précis, il s’agit d’une progression continue. Si j’aime la vitalité du croquis, jerecherche aussi une lisibilité, l’efficacité de l’épure… Mais cela demande du temps et du travailde dessiner dans l’économie.
Le graphisme dépend aussi du plaisir de travailler avec différents outils, la légèreté du graphite, la souplesse et la dureté de la plume, le mouvement du pinceau.
Je travaille maintenant sur de grands formats avec une large plume, je me sens à l’aise ainsi.
Qu’est ce que tu cherches dans le dessin? Que veux-tu y mettre?
Ce que je veux y mettre ? De la force, de la spontanéité, l’élégance du mouvement, du geste juste -bien qu’imprécis-, une forme de synthèse à la japonaise…C’est un peu difficile à expliquer mais je sais quand la grâce est là, si je l’ai sous les yeux… Parfois on n’y arrive jamais mais on court sans cesse après…
A quoi te reconnais-tu dans tes dessins?
Une forme de nervosité et d’impatience se traduit dans mon trait, j’imagine. Je ne peux pas trop travailler autrement.
Quant à mes histoires, il faut là aussi trouver un équilibre entre quelque chose qui parle de soi, à soi mais qui parle aux autres. Une forme d’universalité, « le local sans les murs » selon le poète Torga…
Quels auteurs de BD ont nourri ton trait?
Hergé et Hugo Pratt ont eu une influence très importante. J’ai appris à lire avec l’un et je suis passé à l’adolescence avec l’autre. Ce sont deux auteurs soucieux de poésie (d’ailleurs, Haddock et Corto Maltese citent tout deux des poèmes dans ces BD). Il y en a eu bien d’autres, bien entendu, à d’autres époques mais je conserve une affection sans bornes pour ces deux là.
Aujourd’hui, je suis très admiratif du talent de David B. : son graphisme, son érudition et de la profondeur de ses histoires.
Pour conclure, moi, j’aime la voix douce de Jean (vous pouvez l’entendre en le lisant…:-), son trait vif, nerveux, son érudition et son honnêteté qui se traduisent dans son travail, la place qu’il donne à la nature dans ses livres et dans la vie, sa fidélité à sa région natale, et ses personnages terriblement humains.
Pour en savoir plus sur son parcours atypique, jetez un coup d’œil au site de Futuropolis.


